Cet article présente Mbouono, un des onze quartiers que compte l’arrondissement 8 Madibou de Brazzaville. L’objectif est d’analyser l’état d’enclavement et de marginalité dans lequel se trouve ce quartier. Pour cela, nous avons analysé sa morphologie et les problèmes spécifiques auxquels sont confrontées les populations dans un contexte d’urbanisation rapide. Ainsi, une recherche documentaire a été réalisée, complétée par les enquêtes de terrain. Au total 220 chefs de ménages choisis de manière aléatoire ont été interrogés sur la base d’un questionnaire, auxquels nous avions associé le chef de quartier, les 4 chefs de zones, les 13 chefs de blocs, 10 chauffeurs des taxis collectifs desservant le quartier. Les résultats obtenus montrent que Mbouono est construit sur un espace physique contraignant, annonciateur de l’enclavement. Ils mettent en exergue l’inexistence de la voirie, l’impraticabilité des voies, l’insuffisance et le mauvais état des ouvrages de franchissement auxquels s’ajoutent de nombreux indices de marginalité à l’instar du manque d’équipements socio-collectifs, preuves d’un enclavement et d’une marginalité.
This article presents Mbouono, one of the eleven neighborhoods in the 8 Madibou district of Brazzaville. The objective is to analyze the state of isolation and marginality in which this neighborhood finds itself. To do this, we analyzed its morphology and the specific problems faced by populations in a context of rapid urbanization. Thus, documentary research was carried out, supplemented by field surveys. A total of 220 heads of households chosen randomly were interviewed on the basis of a questionnaire, to which we included the neighborhood head, the 4 zone heads, the 13 block heads, 10 collective taxi drivers serving the neighborhood. The results obtained show that Mbouono is built on a restrictive physical space, a harbinger of isolation. They highlight the non-existence of roads, the impassability of the roads, the insufficiency and poor condition of the crossing works to which are added numerous indicators of marginality such as the lack of socio-collective facilities, evidence of isolation and marginality.
Introduction
L’urbanisation est un phénomène universel qui a pris un cours rapide dans la plupart des pays en développement. Le Congo compte parmi les pays les plus urbanisés d’Afrique noire avec près de 70% de sa population résidant dans les centres urbains (P. Moundza, 2017, p.85). Brazzaville, la capitale, s’accroît au rythme de 6,7% par an (P. Moundza, 2017, p.83). Les résultats des derniers recensements généraux de la population, montrent que Brazzaville est passée de 298 967 habitants en 1974 à 585 812 habitants en 1984 et 856 410 habitants en 1996 pour atteindre 1 373 382 habitants en 2007.
Les résultats du RGPH-5 réalisé en 2023 fait état de 2145 783 habitants. Sa superficie est passée de 1800 ha 1960 à 12000 ha en 1988. Cette superficie a presque triplée entre 1980 et 2014, passant de 6 000 ha en 1980 à environ 32640 ha en 2011. Aussi, de 7 arrondissements en 1984, la ville capitale en compte 9 depuis 2011. Cette croissance urbaine constitue une pression foncière importante à cause de la demande croissante d’espaces à bâtir. Laquelle pression foncière est dynamisée par les propriétaires fonciers qui lotissent et vendent des terrains sans respect des règles d’urbanisme. Ce qui engendre l’extension spatiale démesurée et un aménagement urbain peu maitrisé par les pouvoirs publics dont les conséquences sont d’une ampleur significative avec de nombreuses difficultés (A. Dobingar, 1994, p.2 ; J. Nguembo, 1994, p.16).
Ainsi, dans cette dynamique, naissent de nombreux quartiers périphériques situés dans les zones mises en défens par les documents d’urbanisme. Ces quartiers sont plongés dans une précarité avérée, c’est-à-dire, sans commodités urbaines nécessaires. Les études antérieures ont montré que dans ces quartiers, les conditions de vie sont généralement difficiles du fait de l’absence ou de l’insuffisance des équipements de base (A. Dobingar, 1994, p. 15 ; H. B. Mizhaire, 2013, p. 8 ; D. Ngouma et J.-L. Mouthou, 2014, p. 44).
Ces quartiers présentent donc des réalités difficiles : habitat mal organisé, absence ou insuffisance de voiries, manque d’ouvrages d’assainissement, de franchissement et des équipements socio collectifs, etc. Ils sont de fait victimes d’une ségrégation socio spatiale, preuve d’un aménagement spatial mal ou peu maitrisé. Par ailleurs, la dynamique spatiale de l’arrondissement n°8 Madibou, a connu un tournant décisif au cours des années 90 (D. Ngouma et H. B. Mizhaire, 2018, p.147). C’est pendant cette période que des lotissements massifs ont été réalisés. En effet, à la fin la Conférence nationale souveraine de 1991, plusieurs ménages se sont rués vers les espaces disponibles à la périphérie de la ville en profitant de la décision de rétrocession aux propriétaires fonciers coutumiers des terres confisquées auparavant par l’État. Dès lors, ils s’y sont établis comme propriétaires des terrains. Ce qui a ouvert un marché foncier ayant engendré une croissance spatiale remarquable qui, alliée à l’augmentation de la population urbaine, a donné naissance à plusieurs nouveaux quartiers (D. Ngouma et H. B. Mizhaire, 2018, p.147-148).
Mbouono, un des onze quartiers de Madibou, né dans ce contexte est victime d’un enclavement et d’une marginalité traduits par l’inaccessibilité, l’insuffisance, voire l’absence des équipements socio collectifs. Ce qui prouve une ségrégation territoriale visible. Par ailleurs, la faible intervention de l’État dans ce quartier, voire sa quasi absence retarde son développement. Face à ce constat, nous tenterons de répondre à la problématique suivante : comment les habitants de Mbouono vivent et perçoivent-ils l’aménagement de leur quartier ? Quels sont les facteurs de l’enclavement et de la marginalité du quartier Mbouono ? Quels problèmes rencontrent-ils au quotidien ? Quelle est la capacité de résilience de la population face à ses difficultés ? Quelles sont les différentes actions des pouvoirs publics pour assurer aménagement de ce quartier ?
