Les facteurs de la diffusion spatiale de l’orpaillage illégal dans la Sous-préfecture de Dapeoua (sud-ouest de la Côte d’Ivoire)

Résumé

La chute des prix des matières premières agricoles et la hausse du prix de l’or ont entraîné un changement des stratégies de subsistance des populations des zones forestières, favorisant l’essor de l’orpaillage illégal. Cette étude, menée dans la sous-préfecture de Dapeoua, vise à identifier les facteurs d’implantation et de prolifération de cette activité. La méthodologie adoptée repose sur une double approche : une recherche documentaire et une enquête de terrain combinant entretiens qualitatifs auprès des autorités villageoises et enquête quantitative auprès de 108 orpailleurs. Les résultats révèlent que la richesse des ressources naturelles de la zone constitue un facteur majeur favorisant l’installation des activités aurifères illégales. Sur le plan économique, l’orpaillage attire particulièrement par la promesse de gains rapides : 56 % des orpailleurs interrogés affirment que cet aspect a été l’élément déclencheur de leur engagement. Par ailleurs, la corruption et les défaillances des politiques publiques de régulation contribuent fortement à l’expansion de l’orpaillage illégal, en réduisant l’efficacité des mesures de contrôle et en facilitant l’implantation d’acteurs clandestins.

Abstract

The decline in agricultural commodity prices and the rise in gold prices have led to a shift in the livelihood strategies of forest area populations, fostering the growth of illegal gold mining. This study, conducted in the sub-prefecture of Dapeoua, aims to identify the factors behind the establishment and proliferation of this activity. The methodology adopted is based on a dual approach: documentary research and fieldwork combining qualitative interviews with village authorities and a quantitative survey of 108 gold miners. The results reveal that the area’s rich natural resources are a major factor encouraging the installation of illegal gold-mining activities. Economically, gold mining is particularly attractive due to the promise of quick profits: 56% of the miners surveyed stated that this lucrative aspect was the key factor in their involvement. Moreover, corruption and failures in public regulatory policies strongly contribute to the expansion of illegal gold mining by reducing the effectiveness of control measures and facilitating the settlement of clandestine actors.

Introduction 

Depuis les années 1990, nous assistons à un développement important du secteur minier en Afrique de l’Ouest sous l’impulsion d’une part, de politiques minières nationales attractives et d’autre part, d’un fort investissement du secteur privé. Ce développement du secteur minier, voulu par les pays et souvent encadré par les institutions internationales telles que la Banque Mondiale, a permis l’ouverture d’un nombre relativement important d’exploitations minières et se traduit par un poids significatif dans le produit intérieur brut (PIB) et les recettes d’exportation de chaque pays (C. SOKO, 2019, p. 6).

A l’instar des pays de la sous-région, La Côte d’Ivoire connaît une dynamique spatiale marquée par l’expansion de l’exploitation minière industrielle. Cette orientation stratégique trouve son origine dans la crise économique des années 1980, consécutive à la chute des cours des matières premières, qui a contraint l’État à diversifier ses sources de revenus. Dans cette perspective, l’exploitation minière, notamment aurifère, est devenue un levier stratégique de relance économique. Cette situation s’est traduite dès les années 1990, par la création d’infrastructures minières industrielles comme la Société des Mines d’or d’Ity, et par l’adoption d’un premier code minier.

Cependant, le développement de l’industrie minière formelle est confronté à une concurrence croissante de l’exploitation minière artisanale, dont l’orpaillage illégal constitue un vecteur central (M. DIAKITÉ et T. K. ALLOU, p. 508). Dans ce contexte, l’orpaillage illégal est devenu l’une des activités économiques les plus visibles dans le Sud-Ouest ivoirien en particulier la région de la NAWA. Cette région, marquée par la richesse de son sous-sol et la présence d’importants cours d’eau, offre des conditions naturelles favorables à l’extraction artisanale de l’or. (B. W. ZELY, 2019, p. 34)., Parmi les zones les plus concernées figure la sous-préfecture de Dapeoua. Située dans le département de Buyo elle constitue un pôle agricole majeur qui subit depuis une dizaine d’années une pression croissante des activités minières clandestines. Cette situation se traduit par l’ouverture quasi simultanée de nombreux sites d’orpaillage illégal et par leur extension rapide vers de nouvelles localités (Ministère de l’industrie et des mines, 2018, p. 5).

Face à ce phénomène nouveau que constitue la prolifération de l’orpaillage illicite et clandestin sur l’ensemble du territoire et à ses conséquences néfastes aussi bien sur les populations que sur l’environnement, le Gouvernement ivoirien a adopté un Programme National de Rationalisation de l’Orpaillage (PNRO) en octobre 2013Ministère de l’industrie et des mines, 2014, p.1). Ce programme sur la période de 2014 à 2018, a permis de favoriser cinq (05) opérations de déguerpissement et de fermeture de plus de 627 sites illicites. Sur toute l’étendue du territoire ivoirien.

Malgré les actions Etatiques pour éradiquer cette activité, celui continue à se diffuser dans la Sous -préfecture de Dapeoua. Quels sont alors les facteurs de la diffusion spatiale de l’orpaillage illégal dans la sous-préfecture de Dapeoua ? L’objectif général de l’étude est d’analyser les déterminants de la diffusion spatiale de l’orpaillage illégal dans la sous-préfecture de Dapeoua. Cette étude s’articule autour de 03 principaux axes. Il s’agit d’abord d’identifier les facteurs naturels, ensuite de mettre en évidence les facteurs socio-économiques et enfin d’analyser les facteurs institutionnels de la diffusion spatiale de l’orpaillage illégal dans la Sous-préfecture de Dapeoua.

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Date de parution
30 sep 2025