La ville de Ouagadougou se caractérise par une offre scolaire relativement abondante par rapport aux autres centres urbains du Burkina Faso. Cependant, elle est confrontée à des inégalités socio-spatiales d’éducation liées à un ensemble de facteurs dont les pratiques d’implantation des établissements dans la ville. Pour appréhender les dynamiques d’implantation et les logiques qui les sous-tendent, une démarche méthodologique associant des enquêtes qualitatives et la cartographie des données secondaires a été utilisée. Les résultats montrent que l’implantation des établissements s’est faite des quartiers centraux vers les périphéries. Cependant, de nouveaux établissements continuent de s’ouvrir dans les quartiers centraux. Les logiques d’implantation varient selon les acteurs. Les services en charge de la création des établissements publics recherchent une meilleure répartition spatiale de ceux-ci, alors que les promoteurs de structures privées visent la rentabilité. Ces différents acteurs sont confrontés à des difficultés en lien avec l’indisponibilité des parcelles respectant les normes de superficies et la cherté du foncier urbain. D’autres contraintes concernent l’aménagement urbain, notamment la connexion des quartiers périphériques aux réseaux d’électricité, d’eau potable et de la téléphonie. Ces contraintes les obligent à implanter les établissements d’Enseignement Secondaire Technique et Professionnel (ESTP) dans les quartiers centraux et les établissements de l’enseignement général dans les périphéries. Elles les obligent également à louer des infrastructures d’anciens établissements scolaires et à acquérir des terrains par anticipation sur l’évolution spatiale de la ville. Ces pratiques tiennent faiblement compte des préoccupations des principaux concernés, à savoir les élèves. Elles ne permettent pas d’optimiser les avantages liés à la localisation de ces infrastructures. L’action des gouvernants est donc indispensable pour concilier ces intérêts, à savoir une meilleure répartition spatiale des établissements avec ceux des acteurs privés.
The city of Ouagadougou is characterized by a relatively abundant supply of schools compared with other urban centers in Burkina Faso. However, it is confronted with socio-spatial inequalities in education linked to a combination of factors, including school location practices within the city. A methodological approach combining qualitative surveys and secondary data mapping was used to understand the dynamics and underlying logics of location. The results show that establishments have moved from the central districts to the peripheries. However, new establishments continue to open in the central districts. The rationale for setting up new establishments vary depending on the player. The departments in charge of creating public establishments seek a better spatial distribution of these ones, while the promoters of private structures aim for profitability. These different actors are confronted with difficulties linked to the unavailability of parcels that meet the required surface area standards and the high cost of urban land. Other constraints relate to urban planning, notably the connection of outlying neighborhoods to electricity, drinking water and telephone networks. These constraints force them to locate technical and professional secondary schools (ESTPs) in central districts and general education establishments on the peripheries. They also oblige them to lease infrastructure from former schools and to acquire land in anticipation of the city's spatial evolution. These practices take little account of the concerns of those most concerned, namely students. They do not allow to optimize the advantages linked to the location of these infrastructures. Government action is therefore essential to reconcile the interests of the state, i.e., a better spatial distribution of schools, with those of private players.
Introduction
Depuis au moins deux décennies, la ville de Ouagadougou connaît une forte croissance démographique et spatiale qui nécessitent la réalisation de nombreux établissement scolaires. En réponse à ces besoins, les acteurs publics et privés sont engagés dans la construction des établissements. Cependant, ces investissements sont coûteux, ce qui limite les réalisations en la matière. Dans ce contexte, la localisation des établissements revêt un intérêt particulièrement important, car elle doit être suffisamment mûrie pour tirer les avantages que cela peut procurer aux élèves. Elle doit donc viser l’efficacité et l’équité au profit des élèves ( M. L. DEKEERSMAECKER et I. THOMAS, 1982, p.284). Pour ce faire, l’implantation doit assurer un « (…) arrangement spatial qui maximise l'accessibilité des usagers aux installations scolaires, par exemple en minimisant la distance moyenne cumulée parcourue par les enfants » ((M. L. DEKEERSMAECKER et I. THOMAS, 1982, p.284). Aussi, l’équité doit être visée à travers une distribution spatiale « (…) aussi égale que possible entre tous les membres de la collectivité » (M.-L. DEKEERSMAECKER et I. THOMAS, 1982, p.284).
Ces préoccupations auxquelles tiennent particulièrement les acteurs publics ne sont pas nécessairement partagées par les promoteurs d’établissements privés, car ces derniers sont mus par d’autres types d’objectifs. Dès lors, les logiques et pratiques d’implantation des établissements revêtent un enjeu majeur. L’intérêt de ces questions se justifie également par le poids des acteurs privés dans l’offre scolaire de la ville. En effet, ils représentent au moins 80% des établissements (I. OUADRAOGO, 2018, p.200). Dès lors, leurs logiques et pratiques d’implantation influent fortement sur la distribution spatiale des établissements pris globalement. Ces logiques et pratiques d’implantation peuvent être définies comme l’ensemble des critères et considérations que les acteurs observent ou prennent en compte pour décider du lieu de l’implantation.
Une décision de localisation désigne donc l'acte de choix, par une entreprise, d’un lieu géographique pour y exercer son activité, le terme de localisation employé seul désignant les positions occupées, à un moment donné, par les entreprises dans l’espace géographique (B. SERGOT, 2004, p.20).
Ces logiques et pratiques constituent donc des facteurs de structuration de l’espace dans la mesure où elles contribuent aux inégalités socio-spatiales d’éducation dans la ville. En effet, « The choice of where to build new schools is influenced not only by environmental issues but also by social, political, and economic ones[1] » (G. V. MESA et al., 2024, p.2). Dans le contexte de la ville de Ouagadougou caractérisé par des inégalités spatiales d’accès à l’éducation (I. OUÉDRAOGO et P. CARO, 2019, p.101), une analyse des pratiques de choix d’implantation des établissements est donc indispensable. Cependant, peu de travaux existent sur le sujet. Le présent article se veut donc une contribution visant à analyser les dynamiques d’implantation des établissements post-primaires et secondaires à Ouagadougou, ainsi que les logiques et pratiques qui les sous-tendent. Il présente le contexte d’étude et la méthodologie, suivie des résultats puis la discussion.
[1] Le choix de l'emplacement des nouvelles écoles est influencé non seulement par des questions environnementales, mais aussi par des questions sociales, politiques et économiques.
