Offre de soins de santé et consultations prénatales dans la ville de Gagnoa (sud-ouest de la Côte d’Ivoire)

Résumé

La morbidité et la mortalité maternelle et néonatale restent préoccupantes en Côte d’Ivoire. Elles sont imputables à l’irrégularité des consultations prénatales. Cette contribution vise à déceler les outils de communication établis pour redynamiser les consultations prénatales à l’échelle de la ville de Gagnoa. A cet effet, des entretiens ont été effectués avec le chef de district,8 médecins chefs, 8 infirmiers majors, 16 sages-femmes. L’enquête par questionnaire a consisté à interroger 390 mères à l’échelle de 8 quartiers choisis de manière raisonnée. Les résultats révèlent que les difficultés financières (43%), l'oubli des femmes enceintes (25%), l'ignorance (15%), les voyages imprévus (10%), une première expérience mal vécue (6%) et d'autres explications (3%) favorisent les consultations prénatales tardives. A cela s’ajoutent la lourdeur administrative (34%), le coût élevé des prestations (32%), le mauvais accueil dans les centres de santé (20%), l'étendue des ordonnances (10%), l’indisponibilité des agents de santé (8%).  Parallèlement aux soins médicaux, les femmes enceintes ont recours aux matrones à 18%, aux médicaments traditionnels à 16%, aux emprunts financiers à 35%, à la mise en gage de biens matériels à 12% et aux organisations non gouvernementales à 19%. Elles reçoivent des agents de santé, des rappels de consultation prénatale à travers des téléphones portables (62%), le téléphone fixe (18%) et les ordinateurs (17%), les tablettes (3%). Ces dispositions atténuent les risques de fragilisation de la santé du couple mère-enfant.

Abstract

Maternal and neonatal morbidity and mortality remain a concern in Côte d'Ivoire. They are attributable to irregular prenatal consultations. This contribution aims to identify established communication tools to revitalise prenatal consultations in the city of Gagnoa. To this end, interviews were conducted with the district chief, eight chief physicians, eight senior nurses and 16 midwives. The questionnaire survey involved interviewing 390 mothers in eight neighbourhoods selected on a rational basis. The results reveal that financial difficulties (43%), pregnant women being forgotten (25%), ignorance (15%), unexpected travel (10%), a bad first experience (6%) and other explanations (3%) contribute to late prenatal consultations. Added to this are administrative burdens (34%), high costs of services (32%), poor reception at health centres (20%), the scope of prescriptions (10%), and the unavailability of health workers (8%).  In addition to medical care, 18% of pregnant women use midwives, 16% use traditional medicines, 35% take out loans, 12% pawn material goods, and 19% turn to non-governmental organisations. They receive reminders about prenatal consultations from health workers via mobile phones (62%), landlines (18%), computers (17%) and tablets (3%). These measures reduce the risk of compromising the health of the mother and child.

Introduction

La Conférence d’Alma Ata en 1978 puis l’initiative de Bamako en 1987, ont conduit à la création de programmes nationaux pour lutter contre les problèmes de santé. L’Etat ivoirien élabore des Plans Nationaux de développement Sanitaire à partir de juin 1996 (PNDS 1996-2005, PNDS 2009-2013, PNDS 2012-2015, PNDS 2016-2020) dont l’objectif principal est d’améliorer la santé de la population en général mais singulièrement celle de la mère et de l’enfant par une meilleure adéquation quantitative et qualitative entre l’offre des prestations de soins et la demande de santé. Également, l’État adopte dès 2013 la politique de gratuité des soins de santé de la mère et de l’enfant de moins de 5 ans en vue d'atteindre les Objectifs du Millénaire pour le Développement 4 et 5, réduire de trois-quarts la mortalité maternelle et infantile et rendre l’accès à la médecine procréative universel.

Cette volonté politique est étendue à tous les territoires du pays y compris la ville de Gagnoa. L’entité urbaine bénéficie de neuf centres de santé publics dont un hôpital général et un centre hospitalier régional, et dix-neuf centres de santés privés. Ces structures offrent des soins de consultation prénatale. Cependant, les statistiques sont peu satisfaisantes par rapport aux taux ciblés au niveau national de 90% à la quatrième consultation prénatale (Ministère de la santé, de l’hygiène publique et de la couverture maladie universelle, 2020, p.71).

Selon les normes en vigueur de l’Organisation Mondiale de la Santé, une femme enceinte doit avoir fait la première consultation prénatale entre le premier et troisième mois de la grossesse.  La deuxième consultation intervient entre le quatrième et le sixième mois de la grossesse. La troisième consultation prénatale se réalise entre le septième et le huitième mois de la grossesse quand la quatrième consultation prénatale a lieu au neuvième mois de la grossesse notamment 15 jours avant l’accouchement (Ministère de la santé et de l’hygiène publique, 2018 p.61).

En dépit de ces prescriptions, le calendrier des consultations prénatales n’est pas respecté. Le taux d’abandon des consultations prénatales à Gagnoa est de 58,65%. Pourquoi, les femmes enceintes ne respectent-elles pas le calendrier des consultations prénatales ?  Cet article analyse les facteurs de non-respect du calendrier des consultations prénatales et met également en évidence les options de redynamisation des recours aux soins de santé par la femme enceinte. Il repose sur l’ypothèse selon laquelle les difficultés financières sont à la base de la discontinuité des consultations prénatales.

Catégorie de publications

Date de parution
30 sep 2025