Fonctionnements morpho-sédimentaires des flèches littorales du Sénégal dans un contexte des changements climatiques : étude comparative des flèches littorales de la Langue de Barbarie et de Sangomar

Résumé

L’augmentation actuelle du niveau de la mer expose les flèches littorales topographiquement faibles à des formes d’érosion latérale et par submersion. Sur les flèches littorales sableuses de la Langue de Barbarie et de Sangomar, cette érosion aux impacts socio-économiques majeurs est accélérée par l’ouverture nature de la passe du Lagoba en 1987 sur flèche de Sangomar et d’une brèche artificielle sur la Langue de Barbarie en 2003. L’objectif de cette contribution constitue à faire une étude comparative du fonctionnement morpho-sédimentaire de ces deux flèches littorales. La démarche méthodologique adoptée repose sur une analyse granulométrique, un suivi diachronique des fluctuations du trait de côte entre 1985 et 2020 avec l’imagerie satellitaire Landsat. Les résultats obtenus montrent que les flèches ont les mêmes caractéristiques granulométriques avec une proportion de sables moyens comprise entre 77% et 98%. Entre 1985 et 2020, la Langue de Barbarie subit une dynamique prédominée par une érosion estimée à -0,08m/an sur le secteur urbanisé, -0,68m/an sur la brèche et une accrétion de 1,74m/an sur l’ancienne embouchure. La flèche de Sangomar connait également une érosion persistante estimée à -2,09m/an sur le segment racinaire, à -5,0m/an sur la passe et -0,60m/an sur l’ilot.

Abstract

The current rise in sea level is exposing topographically weak spits to lateral erosion and submersion. On the sandy spits of the Langue de Barbarie and Sangomar, this erosion, with its major socio-economic impacts, has been accelerated by the natural opening of the Lagoba pass in 1987 on the Sangomar spit and an artificial breach on the Langue de Barbarie in 2003. The objective of this contribution is to conduct a comparative study of the morpho-sedimentary functioning of these two coastal spits.. The methodological approach adopted is based on granulometric analysis and diachronic monitoring of shoreline fluctuations between 1985 and 2020, using Landsat satellite imagery. The results obtained show that the spits have the same granulometric characteristics, with a proportion of average sands between 77 and 98%. Between 1985 and 2020, the dynamics of the Langue de Barbarie are dominated by erosion estimated at -0.08m/year in the urbanized sector, -0.68m/year on the breach and accretion of 1.74m/year on the old mouth. The Sangomar spit is also experiencing persistent erosion estimated at -2.09m/yr on the root segment, -5.0m/yr on the pass and -0.60m/yr on the islet.

Introduction

Quatorze flèches littorales ont été dénombrées sur la façade maritime du Sénégal. I.B.N. FAYE, (2010, p.114) en se référant sur la typologie établit par PINOT (1980), classe les flèches littorales en deux catégories à savoir les flèches d’estuaire et les flèches à redan. Les flèches d’estuaire sont observées au droit des embouchures des fleuves (Sénégal, Saloum, Casamance). Baptisées par J.P. BARUSEAU, (1980) in I.B.N. FAYE, (2010, p.114) « flèches sénégaliennes », elles s’allongent vers le sud et présentent des unités géomorphologiques et ainsi que des caractéristiques granulométriques communes. Il s’agit de la Langue de Barbarie, de la Pointe de Sangomar, de la Presqu’île aux oiseaux. Le deuxième groupe de flèches dites de redan se développent à l’abri d’une pointe rocheuse, d’un cap ou d’un angle saillant de la côte par exemple : les flèches de Mbodiène, de Joal, etc. Ces flèches littorales ont été établies par une dérive littorale de composante Nord-sud durant le Quaternaire récent. Selon G. FAYE, (2016, p.93) la flèche de Sangomar et de l’île aux oiseaux ont été mises en place par une mer Dakarienne agitée par de fortes houles permettant le dépôt de minéraux lourds.  En ce qui concerne le cordon blanc de la Langue de Barbarie, B.A. SY, et A.A. SY, (2010, p. 200) considèrent qu’il est la dernière construction littorale de la Grande Côte du Subactuel à l’Actuel (2000 à 400 ans BP).

Le fonctionnement morphodynamique des flèches est marqué par une succession de ruptures ponctuelles de cordon et de colmatage souvent d’origine naturelle (tempête ou courant de marée) et anthropique. I.B.N. FAYE, (2010, p.66) en citant A.T. DIAW, (1997) souligne que la Pointe de Sangomar aurait ainsi connu seulement 4 ruptures antérieures à celle de 1987 (1860,1928, 1952 et 1954) contrairement à la Langue de Barbarie qui en a enregistré plus d’une cinquantaine.

Ces ruptures naturelles ou artificielles redéfinissant le fonctionnement morpho-sédimentaire des flèches s’élargissent rapidement et migrent du nord vers le sud. Elles exposent ainsi le bout sud du cordon et les secteurs en face de l’ouverture à une érosion accélérée.

La rupture de flèche à la hauteur du Lagoba en 1987 expose Djifère et les îles de Dionwar, Niodior à une érosion côtière aux impacts socio-économiques majeurs. D’après  I.B.N. FAYE, (2010, p. 66) cette érosion rapide a une vitesse comprise entre 280 et 700 m/an de 1987 à 1994 et a transformé la partie distale de Sangomar en une île-barrière dont l’extrémité sud continue de progresser grâce à l’apport de sédiment par la dérive littorale. A.A. SY, et al. (2011, p. 79) en citant (NDIAYE 1975) soulignent que  « la Langue de Barbarie s’amincit augmentant les chances de rupture et rongeant progressivement les quartiers de Guet-Ndar, de Ndar Toute et de l’Hydrobase. Ainsi depuis 260 ans la mer a gagné par érosion près de 4000 m ». Cette érosion latérale de la Langue de Barbarie est accélérée par la brèche artificielle de 4m de large et 1,5m de profondeur ouverte en octobre 2003. Elle a été créée sur la Langue de Barbarie à 7km au sud du pont Faidherbe.

Figure 1 : Localisation des flèches littorales de la Langue de Barbarie et de Sangomar

 La Langue de Barbarie est une mince bande de terre orientée Nord-Sud le long de l’estuaire du fleuve Sénégal. Elle s’étire sur une trentaine de kilomètres et se localise entre la latitude 16°23 et 16°35N et la longitude 15°45 et 16°15W (fig.1). La pointe de Sangomar appartient à la commune de Palmarin Facao dans le département de Fatick de la région du même nom. La flèche de Sangomar se situe entre les longitudes 16°43 et 16°46 W et les latitudes 13°45 et 13°56 N sur la partie Sud du littoral sénégalais, entre Joal et le delta du Saloum. Elle marque la fin de la côte sud communément appelée Petite-Côte.

Cette contribution cherche à illustrer à travers une étude comparative, le fonctionnement morpho-sédimentaire de la Langue de Barbarie et de la Pointe de Sangomar. Elle propose une approche méthodologie basée d’abord, sur un suivi diachronique de la mobilité de la ligne de rivage instantanée de rivage avec l’imagerie satellitaire Landsat. Ensuite une analyse granulométrique des sédiments constitutifs des flèches littorales ont servi de déterminer le degré de vulnérabilité des flèches face aux conditions hydrodynamiques marines. Enfin, des observations in situ ont permis d’analyse les impacts socio-économiques et environnementaux engendrés par le recul du trait de côte et leurs modes de gestion.

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Date de parution
25 sep 2025